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Reportage à Quito : lutter pour la participation citoyenne dans la gestion urbaine

Rocio Batista au forum Resistencia Habitat III
Juan Merida, sociologue, a étudié les mouvements sociaux dans les quartiers de la ville.
Des habitants du quartier Bolanos

A Quito, on s’organise contre la marchandisation de la ville

Depuis plusieurs décennies maintenant, la capitale équatorienne connait une forte croissance urbaine. Au delà des enjeux de rénovation et de réhabilitation du centre ville historique, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, c’est toute la gestion urbaine de la ville qui fait aujourd’hui débat. Malgré la constitutionnalisation du « droit a la ville » en 2008, les griefs contre la politique urbaine du maire se multiplient, au premier rang desquels l'accélération du phénomène de gentrification et l'imposition aux habitants de grands projets immobiliers et routiers, causant l'éviction forcée de nombreux habitants.

La Floresta, un symbole du pouvoir d'agir citoyen

Le quartier de La Floresta, situé au nord-est de la capitale, est le symbole de cette contestation. Depuis plus de vingt ans, les habitants ont remporté de nombreuses victoires pour l'appropriation citoyenne de la gestion urbaine du quartier. 'La Mairie a du céder face à la pression que nous avons exercée, elle n'a pas eu d'autres choix que de s'asseoir avec nous et de nous écouter' raconte fièrement Rocio Batista, présidente du comité d'amélioration du quartier et figure incontournable de La Floresta.

Après des années de concertation et de dialogue souvent houleux, un plan spécial de gestion urbaine, spécifique au quartier et donc dérogatoire au plan global de la ville de Quito, a été adopté par ordonnance. Ce plan garantit l'interdiction des projets immobiliers en hauteur, la création de grands axes de mobilité qui connectent les vallées et l'expansion de Quito et que la Floresta ne devienne pas le prochain quartier de 'loisirs nocturnes et festifs'. Qu'un tel espace de co-construction entre autorités municipales et habitants, intégrant également la participation d'universitaires et d’architectes ait été mis en place est une victoire. Mais mieux encore, que cet espace ait permis l'adoption d'un texte officiel reconnaissant les revendications des habitants est une illustration unique et puissante de l'exercice du pouvoir citoyen à l'échelle d’un quartier !

Pour Rocio Batista, la lutte ne s'est pas arrêtée depuis, bien au contraire : ¨La Mairie semble toujours surprise de se dire que nous souhaitons être partie prenante de la décision. Mais bien sûr que c'est ce qu'on souhaite ! On n’est pas là pour faire figuration. C'est la prise de décision, la répartition du budget, la politique, les projets, les investissements… C'est tout ceci qui doit être décidé de manière conjointe avec la communauté. Quand il y a un intérêt clairement lucratif de commerces face à une communauté qui veut vivre en paix, dans des espaces sains, qui veut une vie quotidienne qui a du sens... Bien sûr qu'on rentre en confrontation¨.

La Floresta, un exemple pour les autres quartiers

Cette confrontation entre habitants et autorités municipales se retrouve également un peu plus au nord de la ville, où se situe le quartier Bolanos. Là, ce sont près de 100 familles qui sont menacées par la construction d'un nouveau pont destiné à réduire les embouteillages d'accès et de sortie de Quito. Aucune démarche de consultation n'avait été entreprise au préalable par les autorités, les habitants ont découvert le projet une fois adopté. Face à la levée de boucliers des habitants, la municipalité a alors tenté de négocier l'achat des terres, sans tenir compte de la valeur réelle des terrains d’une part, et de l'attachement des habitants à ces terres héritées de leurs ancêtres où ils parviennent à sauvegarder un mode de vie respectueux de l'environnement et du ¨buen vivir¨ de leur communauté

De Bolanos à La Floresta, comme dans de nombreux autres quartiers de Quito, le mot d'ordre partagé par les communautés menacées par de puissants intérêts est donc plus que jamais 'Aqui hemos vivido, vivimos y viviremos hasta morir (Ici nous avons vécu, ici nous vivons et ici nous mourrons)'

Maelys Orellana

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