Une seule planète
Une Seule Planète, pour des transitions solidaires Bouton menu

Les Prix mondiaux de l’habitat : partager l’innovation pour les habitants.

Organisé par BSHF (Building and Social Housing Foundation), les Prix mondiaux de l’habitat récompensent chaque année des projets innovants tant par leur durabilité environnementale que leur accès aux plus modestes. En permettant le partage de connaissances et la diffusion au plus grand nombre de projets novateurs en matière d’habitat, les prix mondiaux de l’habitat récompensent une autre manière d’habiter la ville. Rencontre avec Marieangela Veronesi, cheffe de programmes.


Une Seule Planète : Est-ce que tu peux nous résumer brièvement ce que sont les Prix mondiaux de l’habitat ? Quels sont les 3 critères pour être sélectionnés ?

Mariangela Veronesi : Les Prix Mondiaux de l’Habitat, c’est un concours qui se déroule chaque année. La mission de ce prix, c’est de connaitre les bonnes solutions d’accès au logement et a l’habitat partout dans le monde pour ensuite partager ces leçons. On recherche donc des projets qui se déroulent dans n’importe quel contexte, et qui peuvent apporter des leçons qui serviront dans d’autres contextes, d’autres pays.

Pour gagner ou être finaliste, ce que l’on regarde en particulier, c’est le caractère innovant du projet, parce qu’on essaye toujours de trouver des nouvelles façons d’accéder au logement digne, dans le monde.

Quand on parle d’innovation, ce n’est pas forcement au niveau technique ; c’est plutôt le fait de présenter des solutions et modèles qui ne sont pas encore très connues, mais desquelles on pourrait beaucoup apprendre. Par exemple, des nouvelles façons d’inclure des groupes particulièrement vulnérables, ou d’organiser des épargnes communautaires, etc.

Il y a des cas où les habitants ne participent pas à la conception et à la gestion du projet mais on est quand même attentifs à ce qu’ils puissent être épanouis dans leur maison.

Il faut aussi que le projet ait des aspects de durabilité, par exemple au niveau de l’environnement mais aussi économique. Est-ce que ce projet est abordable pour les ménages à faibles revenus ? Durabilité aussi au niveau social, un projet inclusif et participatif, qui puisse perdurer dans le temps. Il y a des projets qui sélectionnent des bénéficiaires au début, mais trois années après, les logements sont-ils toujours accessibles aux ménages à faibles revenus ?

Semaine d’Activités d’Echange des Connaissances au projet Canal Martín Peña, Porto Rico avec des membres de l’équipe BSHF, les représentants du projet et les participants internationaux. (Photo Pierre Arnold)

USP : Il y a-t-il des critères sur l’implication des habitants ?

MV : Non ce n’est pas un critère déterminant pour participer au concours, mais c’est tout de même un critère auquel on donne beaucoup de poids. Ce n’est pas quelque chose de nécessaire, il y a des projets qui ne sont pas participatifs mais qui peuvent être dupliqués sur des projets associatifs. Le monde a besoin d’exemples positifs dans tous les domaines : les projets publics, les projets d’ONG… On ne reçoit pas beaucoup de projets privés, mais cela serait génial car au final la plupart des logements se font dans le marché, donc cela serait bien d’avoir de bons exemples à ce niveau là. Il y a des cas où les habitants ne participent pas à la conception et à la gestion du projet mais on est quand même attentifs à ce qu’ils puissent être épanouis dans leur maison. Il faut tout de même que le résultat final soit adéquat aux habitants.

Retrouvez notre parcours numérique consacré à l’habitat participatif ici !

USP : As-tu l’exemple d’un projet qui n’a pas été retenu ?

MV : Il y a des projets qui sont très bien mais pas assez abordables. Ils peuvent être géniaux seulement d’un point de vue écologique mais inaccessible aux populations à faibles revenus.

USP : Comment travaillez-vous avec d’autres acteurs qui travaillent sur la production sociale de l’habitat ? (Habitat International Coalition, urbaMonde…)

MV : Cela dépend des cas mais pour nous ce sont souvent des partenaires très intéressants. On peut faire grandir nos connaissances grâce à ces organisations et je pense que c’est une relation réciproque. Cela nous permet aussi d’amplifier les effets de notre travail. Par exemple on a monté un partenariat avec urbaMonde sur la Plateforme de Production Sociale de l’Habitatqu’ils coordonnent au niveau mondial. Cette plateforme renforce la solidarité entre projets communautaires et inclut un prix de Production Sociale de l’Habitat dans différentes régions du monde. Une fois que des projets ont gagné ce prix, ils rentrent aussi dans notre concours. Et si il y a des projets qui gagnent par exemple deux fois, et bien ils vont bénéficier de tout ce que nous pouvons tous les deux offrir au niveau de la diffusion de leurs modèles et d’accès à des réseaux de connaissances et solidarité.

Mais le plus important c’est la reconnaissance au niveau international une fois le prix décerné.

USP : Vous-même, vous ne cherchez pas les porteurs de projets ? Cela ne réduit-il pas l’accès à votre prix ? Nous pensons notamment aux petits projets qui n’ont pas connaissance de votre existence…

MV : On fait les deux. Au début d’un nouveau cycle de Prix Mondiaux de l’Habitat on regarde les zones ou on a reçu très peu de projets et on fait un effort pour recevoir plus de projets de ces zones-là. A travers des réseaux, le web, on cherche des projets. Par exemple dans des événements comme ici, à Habitat III on vient pour apprendre sur d’autres projets. Mais dans tous les cas, il faut que le porteur de projet soumette son dossier.

Parfois aussi on se rend compte que ça peut être compliqué de remplir le questionnaire, à cause de barrières linguistiques ou autre. Si on a l’impression que c’est un bon projet, on recontacte les acteurs pour leur en demander davantage et s’assurer d’avoir bien compris leur travail.

USP : Une fois le prix décerné, qu’est ce que cela apporte au projet ?

MV : Au niveau financier, on donne 10 000 livres sterling à chaque projet gagnant. Cet argent est un soutien pour le partage de leurs connaissances, par des mécanismes de transfert de compétences avec d’autres projets (par exemple à travers des ateliers, des rencontres, la production de matériel de diffusion…). Mais le plus important c’est la reconnaissance au niveau international une fois le prix décerné. Car c’est un prix à grande visibilité, en partenariat avec l’ONU Habitat. Il y a des projets qui ont gagné d’autres fonds par la suite car ils ont acquis plus de crédibilité. On aide aussi beaucoup à documenter un projet. Et cela permet de diffuser ces pratiques.

On organise aussi des activités d’échanges de connaissances et on ramène entre 12 et 25 experts d’habitats aux projets gagnants pendant à peu près une semaine. Ils viennent à la fois prendre des connaissances du projet lauréat et en partager les leurs. Cela permet aux participants et aux gagnants d’apprendre beaucoup pendant cette semaine de formation et de collaborer dans le future pour le transfert des solutions de logement à d’autres contextes. C’est cela le pack des Prix Mondiaux de l’Habitat !

USP :Avez-vous une partie plaidoyer au sein de la fondation ? Portez-vous un message politique au sein du gouvernement ?

MV : On a d’autres programmes au sein du BSHF dont un au Royaume Uni où l’idée est de soutenir la création et renforcement d’une alliance entre différents acteurs de production sociale de l’habitat pour renforcer leurs compétences et leur solidarité afin d’avancer et pousser sur des questions législation et d’accès au financement à l’échelle du pays. On travaille aussi pour la diffusion des diffèrent modèles présents au Royaume Uni pour que ces solutions d’habitat deviennent plus courantes.

Au niveau du droit au logement, on fait partie des discussions qui se passent au niveau international dans ce domaine, et on veut s’impliquer dans la campagne #MaketheShift coordonnée par Leilani Farha, Rapporteuse Spéciale sur le droit au logement adéquat.

Pour participer au concours des Prix Mondiaux de l’Habitat, ou aux activités d’échanges de connaissances, suivez nous sur Twitter, Facebook ou Instagram.