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« La ville par et pour les habitants »

Les 28 et 29 mai prochains aura lieu la première rencontre européenne de l’habitat participatif. Véritable alternative aux différents projets immobiliers menés un peu partout dans le monde, l’habitat participatif intègre les citoyens dans la conception du projet, que ce soit une maison, un immeuble ou l’intégralité d’un quartier. Une Seule Planète a rencontré Béa Varnia, salariée d’urbaMonde, un des organisateurs de l’événement.

Peux-tu présenter brièvement les actions d’urbaMonde ?

Béa Varnai : Le programme urbaMonde se déploie sur différents volets :

  • Au départ, nous sommes une association suisse. Notre travail, au niveau local, c’est d’accompagner les coopératives d’habitats. urbaMonde travaille sur la dissémination et la diffusion du modèle coopératif dans la région de Genève. On organise par exemple des conférences, on invite des élus, et on apporte des conseils techniques à d’autres habitants intéressés par cette forme de construction de l’habitat.
  • Le second volet d’implication d’urbaMonde, c’est sur la coopération internationale au Brésil ou au Nicaragua par exemple. On travaille avec de grands réseaux sur la production sociale de l’habitat.
  • Notre troisième volet de travail se concentre sur le développement d’une plateforme numérique sur la production sociale de l’habitat. Le but de cette plateforme, c’est de lier les différents acteurs de l’habitat participatif à travers le monde. L’idée, c’est de partir des projets pour créer des interactions entre les porteurs de projets.
    Nous sommes par exemple en train de lancer un projet de recherche pour utiliser l’épargne d’une coopérative d’habitat suisse. Peut-on utiliser ces fonds à l’étranger ? C’est à ces questions que nous voulons répondre sur la plateforme.
    Pour résumer on peut dire qu’au travers de la plateforme de l’habitat, on fait du réseautage, on facilite les interactions entre groupes d’habitants, collectivités et professionnels un peu partout dans le monde.
Bea Varnai, coordinatrice Hub-Européen et urbaMonde-France

Concrètement, à quels besoins répondez-vous ?

B.V. : : Quand on travaille sur des projets d’habitat et de logement, on distingue dans la plupart du temps trois problèmes majeurs : l’accès au foncier, l’accès au financement, et l’accès à l’assistance technique (conseils techniques et juridiques, planification,…)
urbaMonde essaye de mettre en évidence des instruments et politiques publiques qui permettent de débloquer cette situation. Nous cherchons à faire le lien entre différents mouvements citoyens qui proposent des alternatives à travers le monde, à inciter des échanges d’expériences et à favoriser leur convergence.

Quelle définition donnerais-tu de l’habitat participatif et des problématiques auxquelles il répond ?

B.V. : On pourrait dire que l’habitat participatif correspond au rôle des habitants dans l’aménagement urbain. Les habitants ont des choses à dire, des idées quant à la construction de leur maison, de leur quartier. Le slogan d’urbaMonde, c’est la ville par et pour les habitants.

Pour vous donner un des exemples les plus aboutis, à Zurich, une coopérative d’habitants a créé l’ensemble d’un quartier incluant des espaces commerciaux. Plus de 1000 personnes résident désormais dans ce quartier. C’est cette coopérative qui a la maitrise d’ouvrage. En Suisse, les coopératives ont assez d’autonomie avec les autorités pour gérer la plupart des questions relatives à la vie d’un quartier. Dans ces structures, il y a une assemblée générale et des commissions de travail (communication, solidarité). Il y a un droit d’entrée mais c’est l’assemblée qui prend les décisions.

D’un point de vue sociologique, quel est le profil des habitants qui réussissent à se réapproprier l’habitat ?

B.V. : En Europe, ce sont des gens qui veulent vivre différemment, qui ont conscience des limites du modèle dominant, c’est donc des gens assez éduqués. En Suisse, c’est la classe moyenne. Pour autant, à Zurich, il y a tout de même 20% de logements sociaux. Il y a des fonds subsidiaires qui permettent d’intégrer des familles à plus faibles revenus dans ces quartiers. Avoir un logement dans une coopérative d’habitat en Suisse, cela reste moins cher que sur le marché.

En Amérique latine, de nombreuses coopératives sont à Mexico où habituellement, les habitants des classes populaires ne peuvent pas accéder au logement. Leur motivation est donc différente de celle des européens. Là, c’est la nécessité qui incite les habitants à se regrouper, pour ne pas subir les prix imposés par les grands groupes immobiliers.

Quelles critiques faites-vous aux Eco-quartiers qui poussent un peu partout ?

B.V. : L’Eco-quartier constitue une modalité d’aménagement de quartiers de la ville de plus en plus reconnu. En soi, l’Eco-quartier ne dit pas forcément beaucoup quant à la participation des habitants dans le processus d’aménagement d’un quartier. Une vraie participation reste donc à construire en dialogue avec les acteurs publics, au cas par cas.

Maintenant que nous avons compris les enjeux de l’habitat participatif, pourrais tu nous présenter cette rencontre européenne de l’habitat participatif ?

B.V. : Nous organisons cette rencontre, le Hub européen dans le cadre du Salon de l’Habitat Groupé, organisé pour la 7e fois par Habitat et Participation, une association belge. Ce Salon permet aux acteurs locaux de faire avancer leurs projets grâce à l’échange d’expériences et le conseil apporté par des ‘experts’.

Par l’initiative de la Rencontre Européenne, nous allons essayer d’apporter une vision européenne au Salon. Nous allons inviter 4 porteurs de projets européens avec le but de promouvoir un échange d’expérience entre les projets belges et internationaux. Les 4 projets sélectionnés recevront une reconnaissance publique par laquelle nous souhaiterions récompenser et mettre en évidence la grande diversité d’initiatives d’habitat coopératif, collaboratif et participatif qui existe à travers l’Europe. La rencontre européenne et la reconnaissance publique à travers d’un prix européen constituent un projet ‘pilote’, dont on aimerait affiner les modalités pour les années à venir, en collaboration avec d’autres acteurs européens.

Sur la journée du samedi, nous proposons un espace d’échange pour des acteurs européens (réseaux et fédérations nationales, chercheurs, …) afin de favoriser des convergences. L’après-midi sera consacré à la visite d’une expérience d’habitat groupé et d’un Community Land Trust à Bruxelles.

De plus, la plateforme Production sociale de l’habitat vise à améliorer la visibilité et quantifier la contribution de la société civile à la production des villes et du logement. En effet, nous disposons toujours de très peu de données ou d’indicateurs au niveau européen, comme le pourcentage que représente ce type d’habitat.

Production Sociale de l'Habitat Plateforme from urbaMonde on Vimeo.

Quel rôle voulez-vous tenir à Habitat III, le sommet mondial de l’ONU sur l’urbanisme en octobre à Quito ?

B.V. : Avec la plateforme on travaille sur des réseaux internationaux, sur des plaidoyers pour Habitat III. La plate-forme veut amener à Habitat III, des exemples de comment construire autrement des logements. Les citoyens ne sont pas le problème mais une partie de la solution. On voudrait mener une exposition à Quito. Comment pouvons construire cette expo ? Cela reste à définir. A Habitat III, on parle de tout, c’est compliqué d’avoir une voix là dedans, mais on veut avoir une vision dans ce processus, comme il y en a pour la smart-city ou le partenariat public-privé. C’est dans ce but que nous organisons cette rencontre à Bruxelles.

Documents à télécharger

  La constitutionnalisation du droit à la ville en Equateur