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Débat citoyen : se réapproprier l’espace urbain

Ils sont 12 en ce vendredi 6 novembre au matin. 12 à s’être retrouvés à Mutinerie, espace de coworking du 19e arrondissement parisien. Ils ne se connaissent pas et pourtant une mission importante les réunie ce jour-là : expérimenter le tout premier débat citoyen organisé par Une Seule Planète.


Les débats citoyens sont des outils de démocratie participative, des espaces publics d’expression permettant de remettre la parole du citoyen au centre afin d’apporter une réponse à un enjeu complexe de notre société. Une Seule Planète prévoit d’en expérimenter 12 sur ces deux prochaines années, un peu partout en France. Pour ce premier test, les participants recrutés sur volontariat ont une journée pour répondre à cette question complexe : « Se réapproprier la ville ». La thématique est laissée volontairement large, afin de permettre aux panélistes d’orienter la problématique selon leur vision, leurs priorités.

Pour Camille, à gauche, « le sujet de l’espace urbain pose la question de l’organisation du lieu de vie. Demander l’avis du citoyen est donc pertinent. »

Qu’est ce qui peut motiver ces 12 personnes, qui ont parcouru parfois plus de 700 kilomètres, à participer à ce type d’initiative ? Florine, qui travaille pour un centre de ressources et d’appui à la coopération en Auvergne, est pour sa part « intéressée par le processus et souhaite par la suite pouvoir le mettre en place au sein de sa structure ». Camille, jeune diplômée, s’interroge elle sur « la place de la démocratie dans notre société et cherche à expérimenter de nouvelles initiatives. De plus, le sujet de l’espace urbain pose la question du contrôle et de l’organisation du lieu de vie. Demander l’avis du citoyen semble donc d’une grande pertinence ».

Après les présentations, il est temps d’entrer dans le vif du sujet, par le biais d’une animation de l’association Under Construction, qui utilise le jeu pour questionner le monde et « comment il tourne ». Sébastien, membre de l’association, revient sur ce temps de partage, dont l’objectif est de recréer une ville avec des petits éléments en carton.

Se réapproprier l’urbain_débat citoyen USP_Paris from e-graine d’images on Vimeo.

Cette animation a permis de mettre en lumière la difficulté à sortir des schémas existants. « On a construit la ville comme ceux qui ont construit les nôtres, constate Eduardo. On a ajouté des choses manquantes au coup par coup, sans avoir d’idée sur le long terme, de réflexion globale. On a juste une logique humaine, on s’est positionné par rapport à l’existant, en suiveur ou en contradicteur ».

Le mode de discussion, une étape cruciale du débat citoyen

Une fois l’animation achevée, il faut désormais mettre réellement en place le débat citoyen, à travers le choix du mode de discussion. Cette étape est fondamentale : les panélistes doivent décider et construire eux-mêmes leur méthode de discussion, qui structurera le débat tout au long de la journée.

Henri, salarié du Crid et coordinateur des débats citoyens, revient sur la méthode adoptée.

Choix du mode de discussion

Via cette méthode de tour de table, et de modération par un maître du temps et un responsable de la synthèse, les participants ont ensuite deux heures pour travailler sur la question centrale à laquelle ils souhaitent répondre et définir le modèle d’interrogation des témoins, qu’ils auront l’opportunité d’interviewer l’après-midi.

Pour définir la question principale du débat, les participants s’organisent en petit groupe.

Pour cela, ils s’organisent en groupe de quatre, avant de tenter une mise en commun. L’exercice s’avère quelque peu fastidieux, au vu du timing serré et des avis divergents. Cependant, après quelques difficultés de formulation, les panélistes se mettent d’accord sur cette question principale : « Quelles actions d‘habitants pour exercer le pouvoir de changer la ville ». Tout un programme !

Interroger des témoins pour « donner des billes aux participants »

L’après-midi est consacrée à un objectif : apporter une réponse à la question identifiée dans la matinée. Pour cela, trois spécialistes de la question, appelés ici « témoins » viennent apporter quelques billes et éléments de réponse. Ces témoins disposent d’une connaissance académique, professionnelle, bénévole ou de par leur itinéraire de vie sur la thématique. Leur participation ne prend pas la forme d’une conférence mais ils endossent le rôle de personnes ressources soumises à l’interrogatoire du groupe afin de faire émerger des pistes de réponses. Aujourd’hui sont présents autour de la table Amandine Mutin, co-fondatrice de l’Alternative Urbaine, une association de réinsertion par le tourisme et la culture, François Ménard, sociologue, et Pierre Johnson, consultant membre du mouvement de la Transition en France.

L’exercice de l’interview des témoins, là encore, est assez délicat. En effet, comment rester dans le mode de discussion horizontale, mis en place depuis le matin et caractéristique du débat citoyen, et ne pas tomber dans un système de conférence ou l’information circulerait du haut vers le bas ? Pour éviter cet écueil, le choix est fait d’interviewer un expert par groupe et de rebondir directement sur les réponses données.

Le rôle de réinsertion d’Alternative Urbaine interpelle : « Comment une telle initiative permet-elle de lutter contre les inégalités ? », s’interrogent ainsi les participants. « Nos balades obligent des gens d’origine très différentes à se rencontrer, à se mélanger », explique Amandine. « Des écolos, via nos promenades autour de la COP 21, mais aussi des graffeurs, des touristes, des amoureux de Paris... Tout ceci participe à la mixité sociale, à la rencontre humaine et à l’ouverture ».

Pierre Johnson, autre témoin interrogé, est séduit par le format du débat : « chacun d’entre nous est expert du sujet à sa manière et aussi légitime que moi. J’ai eu davantage l’impression d’une discussion éclairée avec les panélistes, de pouvoir contribuer à leurs réflexions... C’est important de mettre en place ce type d’outils pour relancer la démocratie ».

Après deux heures de discussion, il est maintenant temps de faire la synthèse de tout le savoir et informations récoltées. C’est sûrement là, la partie la plus ardue de la journée !

Construire une réponse au débat, tâche impossible ?

Pour ce premier débat, qui encore une fois à valeur de test, les participants n’ont qu’une heure pour formuler et proposer une réponse, afin de garder du temps pour évaluer le dispositif. C’est l’organisation par groupe qui s’impose de fait. Mais en si peu de temps, il s’avère très compliqué d’apporter des éléments concrets, ce sont plutôt des grands principes qui ressortent, comme la nécessité de mettre en valeur les initiatives citoyennes, de renforcer l’éducation à la citoyenneté ou encore de prendre le pouvoir, par exemple par la désobéissance civile. Pour Hajiba, « c’est un peu frustrant, car le sujet m’intéresse vraiment et j’aurai aimé aboutir à des propositions concrètes. Là, on a de grandes idées mais pas vraiment de projet ».

A l’heure du bilan, les points positifs sont plus nombreux que les négatifs.

Face à cet aboutissement, les avis sont partagés. La recherche du mode de discussion, longue et fastidieuse, n’a pas forcément permis d’optimiser la matinée pour certains. D’autres regrettent l’intervention des témoins experts, qui ont eu la même posture que des conférenciers classiques et ont fait perdre l’horizontalité des discussions tout en introduisant des mots de jargons évités par le groupe. Mais beaucoup sont indulgents et globalement contents de leur journée : « Mon sentiment est que je suis satisfait à 80 %, conclut Théo, eu égard au but de l’exercice. Le fond ne m’intéressait pas vraiment. Mes attentes étaient plutôt de pouvoir agencer, charpenter un débat citoyen sous des formes différentes de celles que je connais. Aujourd’hui on a commencé une méthodologie qu’il faut affiner. Mais c’est déjà un bon début ». La suite à Toulouse donc, le samedi 14 novembre.